Se perdre sur les réseaux, enchaîner les livres, binge watcher une série, jouer sur son téléphone, faire des recherches sur Internet : procrastination ou manière de se rendre heureux dans la société du 21ème siècle ? Ma réflexion.
Je m’ennuyais chez moi alors que j’avais pleins de projets sur lesquels je voulais avancer. Je n’avais aucune envie, aucune motivation. Et je me suis questionnée : est-ce que je procrastinais ? pourquoi je le faisais ? Plus encore, est-ce que ça me rendait heureuse ?
Alors, je me suis penchée sur ce phénomène. Je voulais comprendre si procrastiner est un mot propre à notre époque, si c’était mal et si ça voulait dire que je ne réaliserais jamais mes rêves à cause de mon cerveau d’une procrastineuse.
La procrastination, selon le dictionnaire, c’est un comportement humain souvent confondu avec de la paresse. Le verbe procrastiner signifie avoir tendance à remettre au lendemain.
Ce mot a été emprunté du latin. Le préfixe « pro » qui signifie « en avant, en faveur de » et « crastinus » qui signifie « de demain ». Vient ensuite le mot « procrastinatio » qui évoque un délai, un ajournement.
Le roi de la procrastination – si on peut dire ça comme ça – c’est Tim Urban, un auteur américain co-fondateur d’un blog très connu Wait But Why dont la devise est « new post sometimes ». Il résume très bien sa pensée dans son TedTalk « Inside the Mind of a Master Procrastinator » (que je vous invite à regarder, c’est très drôle et ça fait réfléchir) (Lien : https://www.youtube.com/watch?v=arj7oStGLkU ).
« Everyone is procrastinating on something in life » T. Urban
Pour lui, nous sommes tous des procrastinateurs divisés en deux catégories. Il y a ceux qui ont une deadline et qui pour la respecter s’y mettent au dernier moment, et ceux pour qui toute la vie est une procrastination constante (est-ce que ça fait sens pour vous ?).
Généralement, je procrastine quand j’ai un rendu car je me dis que j’y réfléchirais plus tard. Et on le sait que « ce plus tard », c’est en fait « au dernier moment ». Et comme je sais que je n’ai pas le choix, je finis bien souvent par le faire au dernier moment.
Mais parfois – pour ne pas dire bien souvent – j’ai l’impression que ce n’est pas un devoir que je procrastine mais ma propre vie. Et là c’est un peu plus embêtant.
S’y mettre au dernier moment est rarement une bonne idée. Les conséquences peuvent être négatives.
Je parle d’un devoir à faire, mais c’est pareil si tu travailles pour un client.
Si tu lui rends le travail demandé au dernier moment : tu l’as fait plus rapidement et donc tu es moins repassé(e) dessus ce qui donne plus de marge aux erreurs (ce qui n’est pas professionnel soyons honnête) ; si c’est un travail très long et que tu t’y prends au dernier moment, tes heures de sommeil peuvent en pâtir. Il y a pleins d’autres aspects : comme tu stresses, tu ne prends pas du bon temps pour soi parce que tu y penses tout le temps. Chez moi -peut-être vous aussi – le stresse engendre une anxiété et j’ai beaucoup de mal à la contenir pour qu’elle n’empiète pas sur le travail à faire.
Alors, même en connaissant les causes, on procrastine quand même. Pourquoi alors ?
Plusieurs chercheurs comme Raphael Le Bouc ont travaillé sur le sujet. Selon leurs recherches très poussées sur le cerveau (que je vous invite à lire parce que si je vous résume ici, ça sera une très mauvaise vulgarisation), la procrastination se résume à ça : si l’effort demandé est trop élevé par rapport à la récompense immédiate, on repousse cette tâche.
Bien. On avance. On évaluerait donc le degrés de nécessité et d’importance de cette tâche que l’on procrastine en fonction de notre récompense. La bonne note à la fin de l’examen, le retour positif d’un client, un entretien réussi. Mais alors comment on fait quand on a l’impression de procrastiner sur des projets de vie ?
Mon problème à moi – entre autre – c’est de ne jamais être satisfaite et de toujours en vouloir plus. Avec les réseaux, j’ai tendance à comparer ce que les autres ont accompli en fonction de leur âge à ce que moi j’ai accompli au même âge. Et généralement, j’ai l’impression de ne pas avoir réalisé grand chose. Et pour l’éternel insatisfaite qui sommeille en moi, je trouve ça dommage.
Est-ce que c’est moi qui ne me donne pas les moyens de réussir ? Est-ce que j’ai des ambitions trop hautes? Est-ce que je vais dans la bonne direction ?
Tim Urban, comme pour répondre à cette question, a créé un système : le calendrier de la vie. En gros c’est pleins de petits carrés blancs qui représentent tes semaines de vie de 0 jusque 90 ans. Le remplir pourrait nous aider à savoir où se situer dans nos vies et dans ce que l’on souhaite.

Alors, ça part d’un bon principe qui peut plaire à un grand nombre de gens. Grâce à ce bout de papier, tu pourrais en quelque sorte planifier tes grands moments de vie, te créer des deadlines pour les projets que tu veux voir un jour réaliser (avoir acheté une maison, se marier, partir en vacances, sauter à l’élastique ou que sais-je encore). Quelque part, c’est une chance de voir concrètement tout le temps qu’il nous reste sur terre. On peut remplir ces petits carrés blancs comme on le souhaite. Mais moi ça m’angoisse. Surtout si je me pose des objectifs avec des deadlines que je finis par ne pas réaliser pour x ou x raison.
Est-ce qu’avec tous ces petits carrés blancs qui pourraient être des deadlines, ça nous pousserait à moins procrastiner ? A être plus productif ?
D’ailleurs procrastiner est-il un frein à la productivité ?
Je suis consciente de poser beaucoup de questions et de ne pas proposer beaucoup de réponses.
Résumons. La procrastination, on a compris qu’il y avait une notion d’inconfort, de délai et que ça n’est en rien de la paresse parce que la paresse, c’est un goût pour l’oisiveté.
Une personne paresseuse ne veut pas accomplir la tâche, elle se sent bien en l’évitant.
(Ça vient du dictionnaire, n’hésitez pas à ressortir la définition si un jour on vous dit que vous êtes paresseux).
Je n’ai pas trouvé depuis quand ce mot et plus encore ce phénomène existe mais rassurons-nous il existait avant l’avènement du téléphone, d’internet et tout ça. Dans » À l’ombre des jeunes filles en fleurs » de Marcel Proust, ne décrit-il pas ce phénomène tout du long sans pour autant mettre un mot dessus ?
Alors à la question procrastiner rend-il heureux, je pourrai répondre que c’est juste une manière comme une autre de passer le temps. Honnêtement, je ne pense pas que ça nous rende heureux sur le long terme.
Parce que chez moi, la procrastination, c’est aussi ça : une anxiété générée par la crainte de ne pas être à la hauteur des autres mais surtout de soi-même.
Est-ce qu’écrire cette article est une forme de procrastination ? Oui sans doute mais au moins, ça m’a fait du bien. Alors peut-être qu’il y a parfois du bon à procrastiner….